Petite Lettre #1 Mars 2020

#1 Mars 2020

Bonjour à toutes et tous,

L’actualité de ce mois de mars 2020 est évidemment marquée par l’épidémie de Covid-19 et les décisions de confinement prises par le gouvernement pour en enrayer la propagation. L’agriculture française est déjà fortement impactée. La fermeture des frontières prive d’une part l’agriculture de ses marchés à l’export (lait, broutards, porc) vers la Chine ou l’Italie et d’autre part de la main d’œuvre saisonnière étrangère, souvent sous statut de travailleurs détachés, qui devait participer aux travaux de taille, de récolte, de plantation ou de semis. Globalement, l’emploi de saisonniers dans l’agriculture a augmenté ces dernières décennies, au fur et à mesure que la main d’œuvre paysanne permanente déclinait fortement. L’INSEE estime que ces travailleurs saisonniers représentent 110 000 emplois à temps plein, le nombre exact de saisonnier étant variable au cours de l’année, de 40 000 à 280 000 (période des vendanges). Enfin, notre système agricole est fragilisé pour son propre approvisionnement : nous importons environ 20% de notre alimentation, d’après un rapport du Sénat en date de mai 2019. Cela concerne 50% environ des fruits et légumes, 25% du porc, 34% de la volaille, 30% de la viande bovine et 50% de la viande ovine. Notre souveraineté alimentaire a été plus que mise à mal par la stratégie exportatrice des gouvernements successifs, ce qui augmente de fait le risque de pénurie pour certaines denrées pourtant quotidiennes.

Didier Guillaume, ministre de l’agriculture, vient d’appeler « l’armée des ombres » (sic) à rejoindre l’agriculture et participer aux travaux des champs, arguant que 200 000 personnes sont nécessaires pour assurer la continuité de la production agricole. Les chiffres de l’INSEE présentés précédemment, mais aussi le rythme de travail effréné des agriculteurs, démontrent que le besoin en main d’œuvre dans l’agriculture est structurel. Nous estimons souvent que la transformation agroécologique créerait 300 000 emplois paysans supplémentaires. Il semble que le besoin en main d’œuvre permanente soit en réalité bien supérieur, et que le recours au travail saisonnier, bien qu’indispensable à l’agriculture, pourrait être bien moindre qu’actuellement.

Dans ce contexte, les réflexions que se propose de mener notre nouveau Laboratoire d’idées, UTAA, sont plus que jamais pertinentes. Dans l’urgence, il convient bien sûr de tout mettre en œuvre pour assurer la continuité de la production agricole et de l’approvisionnement alimentaire. Mais nous devons aussi entamer des réflexions plus globales sur les fragilités structurelles de notre système agricole et alimentaire, pour être capables, dès demain, de le transformer pour le sécuriser. C’est finalement bien ce que s’est proposé de faire UTAA dans sa déclaration de principe et sa note de cadrage, que nous vous invitons à retrouver.

Vous retrouverez également en ligne sur notre site internet cette newsletter, ainsi que les notes d’actualité du mois de mars 2020, la première consacrée à la gestion forestière (par Rosalie Maalouf et Brigitte Blang), la seconde sur l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur (par Laurent Levard). Enfin, vous pouvez retrouver quelques éléments d’analyse sur la crise du Covid-19 dans mon interview pour le magasine Marianne.

L’équipe UTAA

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