L’alimentation en temps de confinement

04 avril 2020

Anthony Fardet, chercheur en alimentation préventive
Dominique Paturel, chercheuse en sciences sociales

La crise du COVID19 met au jour, de façon flagrante, ce que nous disons depuis plusieurs années : la rupture de l’égalité dans l’accès à l’alimentation. Si des consommateurs aujourd’hui arrivent à consommer des produits frais par le biais des circuits courts, d’autres avec des petits revenus comptent sur l’aide alimentaire pour y arriver. Entre les deux, une majorité de la population va s’approvisionner dans la grande et moyenne distribution.

L’alimentation à privilégier en temps de confinement

Si l’alimentation ne fait pas tout pour être en bonne santé, elle y participe grandement. Il est bon de se rappeler que sa fonction n’est pas seulement biologique (remplir les ventres), mais également sociale (être ensemble et se reconnaître dans une égale « citoyenneté alimentaire »), identitaire (liée à l’appartenance à une famille, une culture, une communauté, etc.) et hédonique. La tentation est grande en période de confinement de se tourner vers les produits ultra-transformés, qui se conservent très longtemps, sont très appétents et souvent moins chers que les produits frais. Ils peuvent en effet constituer des aliments « réconfort » en période anxiogène, notamment car riches en sucres, sel et/ou gras.

On ne saurait donc trop conseiller de profiter de cette période pour réapprendre à cuisiner soi-même à partir de produits bruts. Cela permet de découvrir de nouvelles saveurs, d’apprendre de nouvelles recettes, tout en se faisant plaisir ! C’est aussi l’occasion de prendre plus de repas en famille, un moment de partage et d’échanges.

Il est aussi important d’ajuster son alimentation à son niveau d’activité, probablement réduite en cette période. Aussi, trois repas par jour sont donc suffisants, tout en limitant les collations et le grignotage à des produits peu caloriques comme des fruits frais ou des boissons.

Les produits végétaux peu transformés sont riches en micronutriments protecteurs des maladies chroniques

Au final, on ne saurait trop vous conseiller de consommer « Végétal, Vrai, Varié » (et si possible, bio, local et de saison) : davantage de produits végétaux (fruits, légumes, tubercules, céréales complètes, légumineuses, fruits à coque ou secs), pas trop transformés et diversifiés ; et d’aller vers moins de produits animaux, mais de meilleure qualité. Les conserves de fruits ou de légumes, si elles ne contiennent que de vrais ingrédients, constituent un moyen intéressant et bon marché de consommer plus végétal.

Les produits végétaux peu transformés sont en effet riches en micronutriments protecteurs des maladies chroniques (fibres, vitamines, minéraux, antioxydants), rassasiants et sources de sucres lents. Ils ne peuvent que vous apportez des bénéfices santé à long terme.

Qu’en est-il dans les circuits d’approvisionnement ?

Les circuits de proximité

La commercialisation des produits frais par le biais des circuits courts a d’abord été impactée fortement par les décisions de fermer les marchés de plein vent. Les agriculteurs en vente directe, se sont trouvés en difficulté, ne sachant comment vendre leurs productions. Très rapidement, par le biais de la mobilisation des consommateurs habituels, des alternatives se sont mises en place : commande par téléphone, organisation par paniers, livraisons à domicile, maintien de certains points de vente directe avec des mesures sanitaires strictes comme par exemple produits servis par le producteur et non directement pris par les consommateurs. En outre, certains pouvoirs publics et réseaux de soutien à l’agriculture de proximité ont aidé à cette réorganisation par le biais de plateforme digitale permettant d’identifier les points de vente[1].

Mais l’étude un peu plus fine de ces cartes montrent que ce sont les points habituels de commercialisation et que d’une part certains quartiers des villes et d’autre part les petites communes sont peu concernés.

De leur côté, les AMAP et les groupements d’achats arrivent à maintenir leur distribution et à trouver des destinataires pour les paniers dont les acheteurs ont quitté les villes[2] (ex : les paniers marseillais).

L’aide alimentaire

L’aide alimentaire qui représente une partie non négligeable de l’accès à l’alimentation de 5 à 6 millions de personnes est dans une double difficulté : l’approvisionnement qui vient en partie de la grande distribution est en nette baisse, et le confinement des bénévoles dont la grande majorité sont des personnes âgées, vulnérables face au Covid-19. Il est difficile de savoir exactement ce qui se passe mais des centres de distribution ont fermé parce qu’ils ne pouvaient pas garantir le protocole sanitaire : la distribution est donc compliquée à organiser et les bénévoles encore sur le pont doivent redoubler leurs efforts pour répondre aux besoins des familles.

Cette crise sanitaire a mis au grand jour une des inégalités les plus invisibles : l’accès égalitaire à une alimentation de qualité

Dans ce contexte la situation des personnes en grande précarité (les SDF, les familles hébergées en hôtel, les squats, etc.) est encore plus problématique puisque pour eux, il n’y a pas d’autres solutions que de mettre en place des livraisons. Ce qui veut dire que ceux et celles qui ne sont pas visibles pour les distributeurs, doivent par eux-mêmes trouver les lieux ou les moyens pour accéder à des produits alimentaires. De plus, pour les populations à la rue ou dans certains squats, l’accès à l’eau devient vital de façon à pouvoir respecter les gestes pour se protéger et protéger les autres du virus. Or, la distribution d’eau fait encore très peu partie des produits alloués.

La grande et moyenne distribution – GMS

D’abord pris d’assaut avec des queues interminables, la GMS semble avoir trouvé un équilibre entre un approvisionnement et des ventes qui commencent à s’étaler. Soutenue de façon importante par les syndicats agricoles et les industriels de l’agroalimentaire, les grandes enseignes ont peu d’invendus et ne donnent pratiquement plus rien aux associations d’aide alimentaire.

En guise de conclusion provisoire

Si les agriculteurs et les consommateurs en circuit de proximité démontrent la capacité à redéployer la commercialisation, en intégrant les protocoles sanitaires coviD19, nous apercevons « les trous » dans la raquette entre les régions, entre les villes, entre les villages et hameaux ruraux mais également ceux entre les classes sociales, entre les groupes sociaux. Les petites surfaces, les commerçants de quartier, mais également les conserves de légumes et de fruits jouent un rôle important dans la façon dont ils pourvoient à l’alimentation d’un plus grand nombre. Dans un pays où le droit de l’alimentation, protégeant les accords commerciaux internationaux, prime sur le droit à l’alimentation pour les femmes et les hommes, cette crise sanitaire a mis au grand jour l’une des inégalités les plus invisibles : l’accès égalitaire à une alimentation de qualité.


3 commentaires sur « L’alimentation en temps de confinement »

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