De la nécessité d’une recherche publique au service de l’intérêt général

Retour sur une étude prospective de l’INRAE sur les systèmes agricoles et alimentaires

Laurent Levard, 12 juillet 2020

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) a publié en février dernier une étude intitulée « Place des agricultures européennes dans le monde à l’horizon 2050 – Entre enjeux climatiques et défis de la sécurité alimentaire mondiale »[1]. Il s’agit d’une étude prospective basée sur une modélisation des systèmes agricoles et alimentaire à l’échelle mondiale et visant à « [examiner] à l’horizon 2050 l’évolution des surfaces, des niveaux de productions, et des échanges mondiaux de produits agricoles, en fonction (i) de celle de la demande en produits agricoles (notamment liée à la croissance démographique et aux évolutions des régimes alimentaires) et (ii) des caractéristiques clefs des systèmes agricoles que sont les rendements (végétaux et animaux), les intensités culturales [rapport de la surface récoltée sur la surface cultivée], les disponibilités en terres ». Les effets possibles du changement climatique sur les rendements agricoles sont pris en compte. L’étude permet ainsi « d’identifier les zones de fortes tensions foncières à l’horizon 2050 et les leviers dont disposeraient les régions pour limiter ces extensions de surfaces agricoles sans porter préjudice à la disponibilité alimentaire ».

Une étude originale qui apporte d’intéressants éléments de réflexion

L’étude présente l’intérêt de : a) se baser sur une approche pluridisciplinaire, b) prendre en compte différents types de produits agricoles et aliments, c) s’appuyer sur des bilans emplois-ressources régionaux (21 régions, dont huit en Europe, parmi lesquelles la France en tant que telle), et d) modéliser différents scénarios combinant des hypothèses différentes (elles-mêmes régionalisées), notamment quant aux paramètres suivants :

  • Les régimes alimentaires, avec d’une part une hypothèse de régimes alimentaires basés sur le prolongement des tendances régionales passées et, d’autre part, une hypothèse de régimes dits « sains » traduisant une transition radicale et généralisée vers des régimes plus favorables à la santé (consommations à la hauteur des besoins énergétiques quotidiens dans toutes les régions du monde, réorientation vers une diète plus équilibrée et diversifiée, et notamment une baisse de la consommation de produits animaux par rapport à 2010 dans les pays les plus riches et une augmentation dans les pays les plus pauvres).
  • L’évolution des rendements végétaux[2], pour laquelle il existe de très grandes incertitudes, découlant à la fois de celles relatives aux changements climatiques, aux effets de ces changements sur les rendements et aux évolutions techniques. L’hypothèse de rendements « hauts » correspond à un taux d’évolution annuelle du rendement moyen de 1%, et l’hypothèse de rendements « bas » à un taux de 0,64%. Soulignons que si l’hypothèse de rendements « hauts » prend en compte le ralentissement de la hausse des rendements mondiaux observée depuis la fin du XXème siècle par rapport aux décennies précédente (de l’ordre de +1%/an entre 1990 et 2010 contre +2%/an au cours des décennies précédentes), elle sous-entend que, grâce aux évolutions techniques à venir et en dépit du changement climatique, cette baisse ne se poursuivra pas.

Une hypothèse est également faite quant aux surfaces potentiellement cultivables à l’horizon 2050. Elle est basée sur le potentiel agronomique des terres, les effets du changement climatique à venir sur les paramètres hydro-climatiques et une hypothèse d’artificialisation des terres. L’hypothèse inclut les terres sous forêt, sous savane ou prairie permanente. Elle ne tient pas compte des pertes de terres prévisibles compte tenu de la montée du niveau des océans (inondation, salinisation) ou de la dégradation des sols.

Le modèle fonctionne de la façon suivante : pour chacune des régions du monde, la surface cultivée et les importations s’adaptent à l’évolution de la demande, compte tenu par ailleurs des évolutions de rendements. Le coefficient de dépendance aux importations (rapport entre les importations et la demande totale) est constant. Cependant, dans le cas où une région ne disposerait pas de surfaces cultivables suffisantes pour satisfaire cette évolution, le modèle ajuste les niveaux d’échanges avec le reste du monde en commençant par réduire les exportations de la région, puis en augmentant les importations si besoin. L’augmentation de la demande sur le marché mondial résultant de la croissance de ces importations se répercute alors sur les régions disposant de suffisamment de terres cultivables qui accroissent ainsi leur production et leurs exportations.

Les principales conclusions de l’étude sont les suivantes :

  • La demande alimentaire mondiale s’accroitrait en 2050 de 47% par rapport à 2010 dans l’hypothèse de régimes alimentaires « tendanciels » et de 38% dans l’hypothèse de régimes alimentaires « sains », avec, dans ce dernier cas, une baisse de la demande en Europe et en Chine (et une stagnation en Amérique du Nord). 
  • A l’exception des régions Afrique du Nord et Moyen Orient, toutes les régions du monde disposent de suffisamment de terres cultivables pour étendre autant que de besoin leurs surfaces cultivées.
  • Dans les scénarios de prolongement des tendances d’évolution des régimes alimentaires, les surfaces cultivées s’accroitraient d’ici 2050 de 223 millions d’hectares (Mha) dans l’hypothèse de rendements «bas»[3] et baisserait de 11 Mha dans l’hypothèse de rendements «hauts» (la surface cultivée en 2010 étant de 1 540 Mha). C’est en Afrique subsaharienne que les surfaces cultivées augmenteraient le plus du fait de la croissance démographique et d’un certain rattrapage nutritionnel. La surface cultivée actuelle y doublerait dans l’hypothèse de rendements bas.  La croissance des surfaces cultivées serait également très forte en Inde, laquelle se rapprocherait de sa contrainte en terres cultivables en 2050. Par contre, des « surplus » de terres (c’est-à-dire une diminution des besoins de surfaces par rapport à 2010) apparaîtraient dans l’ex-URSS, en Europe de l’Est et en Allemagne du fait notamment de la stagnation démographique. C’est également le cas en Europe du Sud et en Chine, mais ces régions étant déficitaires en 2010, les auteurs considèrent que ce sont plus les importations alimentaires que les surfaces cultivées qui y diminueraient. Les échanges mondiaux augmenteraient en 2050 par rapport à 2010, au profit des régions déjà exportatrices en 2010, y compris la France.
  • Dans le scénario d’adoption généralisée de régimes favorables à la santé et de rendements élevés, les surfaces cultivées diminueraient de 51 Mha par rapport à 2010. Par contre, en Afrique subsaharienne, la demande serait encore accrue par rapport au scénario alimentaire tendanciel, entraînant une augmentation des surfaces cultivées et des importations. Dans les régions du Monde disposant déjà de « surplus de terres » dans le scénario tendanciel, ces surplus seraient augmentés. De nouvelles régions verraient apparaître de tels « surplus » (autres régions européennes, Amérique du Nord).

Une étude exagérément optimiste et n’intégrant pas de scénarios pensés en fonction de l’intérêt général

Si cette étude apporte des enseignements utiles, ses conclusions apparaissent fortement optimistes : en gros, moyennant une poursuite du progrès technique et de la croissance des rendements, la mise en culture de nouvelles terres et le développement des échanges internationaux, le monde pourra continuer sur sa lancée actuelle et nourrir sans problème et mieux une population plus nombreuse. En réalité, des critiques de fond peuvent être faites qui amènent à remettre en cause ces conclusions aussi optimistes.

Par ailleurs, il est regrettable qu’une partie des scénarios principaux ne se soient pas fixés comme objectif une transformation écologique du système agricole et alimentaire répondant à des objectifs d’intérêt général, notamment en matière de lutte contre le changement climatique, pour la défense de la biodiversité et contre les autres dégâts écologiques et sanitaires de l’agriculture, de la même manière que les auteurs ont intégré dans leurs scénarios principaux un objectif de réduction de la consommation de produits animaux[4].

Les principaux problèmes que nous identifions concernent ainsi a) les hypothèses d’évolution des rendements, b) les hypothèses relatives aux « terres potentiellement cultivables », c) la non prise en compte des pertes de terres agricoles, d) les hypothèses relatives aux agrocarburants.

  1. Des hypothèses d’évolution des rendements très optimistes

Les scénarios testés se basent sur des hypothèses d’évolution des rendements très optimistes. C’est notamment le cas pour le scénario « rendements hauts » (soit en moyenne +1%/an à l’échelle mondiale) qui se base notamment sur une prolongation du « rythme actuel des évolutions techniques » et de la hausse des rendements observés sur la période 1995-2015.  Or, la hausse des rendements observée sur cette période représente un infléchissement net par rapport aux décennies précédentes, illustrant les limites atteintes par le modèle technique issu de la révolution agricole du XXème siècle et la perte de potentiel de nombreux écosystèmes productifs (érosion des terres, etc). L’hypothèse implicite est donc que cet infléchissement ne se poursuivra pas, comme si l’infléchissement des vingt dernières années n’était qu’une parenthèse historique ! Quant au scénario « rendements bas », il prévoit certes un « ralentissement des évolutions techniques », mais l’hypothèse reste relativement optimiste (+0,64% d’augmentation annuelle). Dans les deux cas, ces hypothèses « consistent à envisager un futur dans lequel l’agriculture intensive fondée sur l’usage d’intrants de synthèse prédominerait dans les régions développées, et prendrait de l’ampleur dans le reste du monde ». C’est-à-dire qu’aucun de ces scénarios ne tient compte de l’indispensable transformation écologique des systèmes de production agricole au nom d’impératifs environnementaux d’intérêt général, et notamment la lutte contre le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité. Les auteurs le reconnaissent d’ailleurs en précisant que « la question des effets environnementaux négatifs de cette évolution se pose naturellement », mais que « celle-ci n’est cependant pas au cœur de notre étude ». Or, dans les régions où le modèle de la révolution agricole du XXème siècle s’est imposée, la transformation écologique de l’agriculture se traduirait nécessairement par une moindre progression, voire une diminution, des rendements moyens[5].

Ceci étant dit, les auteurs ont bien testé la sensibilité des résultats obtenus à une hypothèse de croissance des rendements agricoles proche de 0%. Ce test n’est cependant évoqué que dans une note de bas de page du rapport principal (page 110) et n’est même pas mentionné dans le résumé de l’étude ! Il met en évidence que le besoin additionnel de terres cultivées serait de 763 Mha dans le cas de prolongement d’évolution tendancielle des régimes alimentaires (contre 223 Mha avec l’hypothèse de « rendements hauts ») et de 601 Mha dans le cas de « régimes sains » (contre – 51 Mha avec l’hypothèse de « rendements hauts »)[6]. On arrive donc à des conclusions bien différentes !

  1. Des hypothèses hasardeuses quant aux « terres potentiellement cultivables »

Les hypothèses relatives aux terres potentiellement cultivables incluent les terres sous forêt, savane ou prairie permanente. Or, dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, l’arrêt du processus de déforestation constitue un impératif. Les hypothèses autorisent non seulement la mise en culture directe de surfaces boisées, mais également, le retournement de prairies permanentes au profit de cultures et en contrepartie l’expansion de prairies permanentes aux dépens de la forêt (il est ainsi précisé que « le modèle ne contraint pas l’expansion des surfaces en prairies permanentes à l’horizon 2050 »[7]), processus à l’œuvre dans de nombreuses régions du monde. De même, si l’on peut considérer qu’une partie des terres sous savane pourraient être mises en culture sans dangers majeurs pour les écosystèmes et les populations, cette partie devrait être limitée, car ces espaces remplissent souvent de nombreuses fonctions économiques, sociales et écologiques : chasse et cueillette, préservation de la biodiversité, etc. En réalité, si l’on exclut les forêts, mais aussi les superficies nécessaires aux infrastructures, les surfaces peu productives et les aires protégées, le potentiel d’accroissement des terres cultivables se réduit, selon les calculs de l’OCDE et de la FAO, à 547 millions d’hectares[8],  contre 3,4 Mha pris en compte dans les scénarios de référence de l’étude. Certes, ici aussi, les auteurs ont bien testé la sensibilité des résultats et modélisé des variantes, l’une excluant des terres cultivables les surfaces couvertes par la forêt ou susceptibles d’être urbanisées (et réduisant ainsi de 1,6 Mha l’estimation des terres cultivables), l’autre en limitant les surfaces cultivables aux surfaces cultivées en 2010. Il est regrettable qu’ils n’aient pas intégré cette préoccupation d’intérêt général dans au moins l’un des scénarios de référence et qu’ils n’aient pas pour cela testé un scénario intermédiaire entre ces deux variables sur la base des estimations la FAO (c’est-à-dire 547 millions ha de terres cultivables non cultivées en 2010, avec un objectif de durabilité). Quoiqu’il en soit, la première variante simulée montre le renforcement de la dépendance alimentaire de certaines régions du monde (Chine, Afrique du Nord). La seconde variante conduirait quant-à-elle à une « impossibilité de bouclage du modèle », c’est-à-dire à une situation de crise, « (…/…) les surfaces disponibles dans le monde étant insuffisantes pour couvrir les besoins des régions devant limiter l’extension de leurs surfaces cultivées. »

  1. La non prise en compte des pertes de terres agricoles

Par ailleurs, l’étude ne tient pas compte des pertes de terres prévisibles compte tenu de l’artificialisation des terres agricoles (sauf dans une variante), la montée du niveau des océans (inondation, salinisation) ou de la dégradation des sols. Les auteurs reconnaissant d’ailleurs que « du fait des limites qui tendent toutes trois à surestimer les surfaces en terre potentiellement cultivables, les projections retenues dans la présente étude doivent être considérées comme les surfaces maximales disponibles pour les cultures ». Mais, la non prise en compte de ces éléments altère en réalité fortement les résultats de l’étude. Selon diverses estimations, ces pertes pourraient s’élever jusqu’à 25 millions ha par an[9]. Sur la base d’une hypothèse plus basse de pertes de 15 millions d’hectares de terres agricoles liés à ces facteurs, le besoin de nouvelles terres agricoles, destinées à compenser les pertes, s’accroîtrait de 600 millions ha entre 2010 et 2050.

  1. Des hypothèses de poursuite de l’expansion des agrocarburants

L’étude repose sur une hypothèse non seulement de maintien des actuelles surfaces utilisées pour la production d’agrocarburants de première génération, mais également  de léger accroissement (142 millions ha en 2050 contre 108 millions ha en 2010)[10]. Là aussi, on retrouve à la fois :

  • Une hypothèse relativement modérée de croissance des surfaces compte tenu des évolutions constatées jusqu’à 2010 (+ 5 millions ha/an),
  • Une absence de scénario d’intérêt général qui impliquerait de mettre fin à ce type d’utilisation des terres qui constitue une aberration écologique et une menace pour la sécurité alimentaire mondiale.

Ceci étant dit, il peut sembler raisonnable de penser que, dans une perspective de transition écologique, une partie de la production agricole soit destinée à des usages non alimentaires, autres que les agrocarburants de première génération.

En conclusion

La formulation d’hypothèses plus prudentes quant à l’évolution des rendements et moins hasardeuses quant aux « terres potentiellement cultivables », tout comme la prise en compte des pertes probables de terres agricoles et le risque d’une croissance encore plus forte des agrocarburants de première génération auraient en réalité en évidence le risque d’une crise écologique et alimentaire majeure. En effet, le modèle aurait alors à jour l’impossibilité de satisfaire simultanément l’ensemble des exigences, avec un risque de déforestation massive au cours des prochaines décennies, accroissant l’ampleur du réchauffement climatique et de la crise écologique globale[11].

Par ailleurs, la formulation d’hypothèses répondant à des objectifs d’intérêt général aurait permis de disposer d’un ou plusieurs scénarios alternatifs susceptibles d’éclairer une stratégie de transformation des systèmes agricoles et alimentaires et des politiques publiques visant à la promouvoir. Tout comme l’étude a intégré un objectif de réduction des produits animaux dans les pays riches et de satisfaction des besoins alimentaires fondamentaux dans les pays les plus pauvres, elle aurait pu prendre en compte des objectifs de :

  • transformation écologique de l’agriculture, laquelle est susceptible d’avoir un impact négatif sur les rendements dans les régions riches ayant pleinement mis en œuvre la révolution agricole du XXème siècle, et un impact positif dans les régions agricoles connaissant une dégradation de la fertilité des sols et une crise écologique ;
  • limitation de l’expansion des terres cultivées sur la base du plafond calculé par la FAO, qui, rappelons-le, exclut les zones sous forêts et les aires protégées ;
  • réduction du rythme d’artificialisation des terres ;
  • disparition des cultures destinées à la production d’agrocarburants de première génération ;
  • réduction des pertes et gaspillages alimentaires tout au long des filières agro-alimentaires ;
  • réduction de la sur-consommation alimentaire de graisses et de sucres.

Il y a tout lieu de penser que les hypothèses de travail de l’étude ne sont pas totalement indépendantes de la nature des commanditaires. L’étude a en effet été commandée et financée par l’association Pluri-agri, association qui regroupe les entreprises et les organisations professionnelles des filières de grandes cultures (Unigrains, Avril, Confédération des Planteurs de Betterave) et dont la mission est de mener des études prospectives sur les marchés et les politiques agricoles. On est en droit de se demander : pourquoi l’INRAE n’a-t-il pas pris l’initiative d’une étude similaire sur la base à la fois de certaines hypothèses plus réalistes et d’autres répondant à des objectifs d’intérêt général ? Ceci mène une nouvelle fois à poser la question de la gouvernance et du financement de la recherche agronomique publique française.

Une recherche publique agronomique totalement indépendante dans sa gouvernance et son financement d’intérêts privés constitue une garantie que les activités de recherche soient bien menées en fonction d’objectifs d’intérêt général. Ceci est un impératif alors que la transformation écologique des système agricoles et alimentaires constitue une urgence.


[1] https://www.inrae.fr/actualites/agricultures-europeennes-horizon-2050

[2] Des hypothèses sont également intégrées sur l’évolution des coefficients de transformation animale.

[3] L’augmentation ne serait que de 189 Mha sans l’augmentation de la surface cultivée destinée aux agrocarburants. Il s’agit d’un résultat proche des résultats des calculs présentés dans l’ouvrage « Pour une nouvelle révolution agricole » de Laurent Levard (2ème édition, 2017, éditions Bruno Leprince), soit +313 millions ha pour une augmentation annuelle de 1% des rendements agricoles et des hypothèses proches du « régime alimentaire tendanciel » de l’INRAE. L’écart s’explique d’une part, par des hypothèses légèrement différentes concernant l’évolution de la consommation et, d’autre part, par une hypothèse de croissance des « efficiences animales » dans l’étude de l’INRAE. Compte tenu de l’existence, en parallèle, de pertes annuelles de surfaces cultivées à usage alimentaire, l’accroissement de 313 millions ha pourrait se traduire par la mise en culture de jusqu’à 1,5 Mha de nouvelles terres.

[4] La qualification de « régimes alimentaires sains » dans l’étude étant cependant discutable : il s’agit en réalité de régimes visant autant une réduction des impacts en termes de changement climatique (moindre consommation de produits animaux) que de régimes « sains » à proprement parlé. En effet, la sur-consommation de produits animaux par rapport aux besoins ne constitue qu’un facteur minoritaire de l’excès de consommation de graisses et de sucres par une partie de la population mondiale, la majeure partie de cet excès étant lié à la sur-consommation de sucres et de graisses végétales. Mentionnons par ailleurs que, si accroissement de la consommation de calories alimentaires par les populations les plus pauvres (inclut dans les scénarios « régimes sains ») est certes fondamental, mais ne constitue pas une garantie de l’équilibre nutritionnel des régimes alimentaires.

[5] On peut aussi considérer l’hypothèse retenue quant aux émissions de gaz à effet de serre comme relativement optimiste : il s’agit du scénario RCP6.0 dit « tendanciel », correspondant à un réchauffement de +2,0 à +3,7°C d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, alors que l’ensemble des actuels objectifs nationaux mènerait à un réchauffement de +3 à +4°C et que la tendance actuelle laisse douter de l’atteinte de ces objectifs nationaux.

[6] Les calculs présentés dans l’ouvrage pré-cité « Pour une nouvelle révolution agricole » amènent à estimer la croissance des surfaces cultivées dans le cas d’une stabilisation des rendements végétaux (et d’hypothèses proches de celles du « régime alimentaire tendanciel » de étude de l’INRAE) à 1,2M ha. L’écart avec les chiffres de l’étude de l’INRAE s’explique d’une part, par des hypothèses légèrement différentes concernant l’évolution de la consommation et, d’autre part, par une hypothèse de croissance des « efficiences animales » dans l’étude de l’INRAE. Compte tenu de l’existence, en parallèle, de pertes annuelles de surfaces cultivées à usage alimentaire, l’accroissement de 1,2 Mha pourrait se traduire par la mise en culture de jusqu’à 2,4 Mha de nouvelles terres.

[7] Rapport principal, page 69.

[8] OCDE/FAO, OECD/FAO Agricultural Outlook 2009-2018, Paris, OCDE, 2009. L’estimation faite par Laurence Roudart (527 millions ha) est par ailleurs proche de ce chiffre (L. Roudart, Terres cultivables non cultivées : des disponibilités suffisantes pour la sécurité alimentaire durable de l’humanité, Analyse n°18, Centre d’études et de prospective, Ministère de l’agriculture, de l’alimentation et de la pêche, mai 2010).

[9] Voir notamment De Schutter, Olivier, Le droit à l’alimentation, Rapport du Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Nations-Unies, 2010.

[10] Chiffres déduits des informations fournies dans le rapport principal de l’étude (page 88) et des rendements moyens (FAO, Fopoleopro).

[11] Dans l’ouvrage « Pour une nouvelle révolution agricole », les calculs montrent que, en absence d’évolutions positives du système alimentaire (moindre consommation de produits animaux dans les pays riche, réduction des pertes et gaspillages alimentaires), le besoin de nouvelles terres agricoles pourrait aller jusqu’à 3 milliards ha, en cas de baisse de 1% des rendements agricoles et jusqu’à 2,4 milliards ha en cas de stabilisation des rendements.

Un avis sur “De la nécessité d’une recherche publique au service de l’intérêt général

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :