Déclaration de principe

Janvier 2020

« La planète et l’Humanité ne peuvent attendre »

Atteindre la neutralité carbone au milieu du siècle et réduire les émissions de plus de moitié d’ici 2030/2035, stopper l’effondrement de la biodiversité, l’intoxication et la dégradation de notre environnement : la planète et l’humanité ne peuvent attendre.

La décennie qui s’ouvre (2020-2029) sera déterminante pour répondre à ces enjeux majeurs pour notre avenir commun. A l’issue de cette décennie, il n’y aura pas de retour en arrière possible. Dans cette bataille, la place du système agricole et alimentaire est centrale. Elle est l’affaire de tous.

En France, ce système est à l’origine d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre et est largement responsable de l’effondrement de la biodiversité et de la dégradation et intoxication des sols, des eaux et des chaînes alimentaires.

La course au productivisme agricole et au consumérisme des dernières décennies ne répond qu’aux intérêts économiques d’une minorité de grandes entreprises et d’individus, motivés par la rémunération de leurs capitaux et promoteurs des politiques de dérégulation, de libéralisation, de mise en concurrence généralisée des femmes, des hommes et des territoires.

« Ce système ne répond aucunement à l’intérêt national, ni à l’intérêt général humain »

Ces politiques se trouvent aujourd’hui confortées et étendues par le pouvoir libéral et autoritaire d’Emmanuel Macron.

Que ce soit sous l’angle écologique, social ou économique, ce système ne répond aucunement à l’intérêt national, ni à l’intérêt général humain. Des centaines de milliers de paysans ont été entraînés puis enfermés dans cette logique productiviste et en sont bien souvent les premières victimes.

Derrière les disparitions de fermes, la concentration de la production agricole et l’effondrement de la population agricole, se cachent des milliers d’histoires d’exploitation féroce du travail paysan, de précarité, d’angoisse, de désespoir, d’épuisement physique et psychique.

Derrière l’industrialisation et la concentration du système agro-alimentaire, se cachent la précarisation des salariés, des conditions de travail épuisantes et une dégradation de la qualité de notre alimentation et de l’écosystème.

Du point de vue économique, ce système, gros consommateur d’énergie, d’intrants et de matériels, ne génère finalement que très peu de richesse.

Les citoyens se retrouvent dépossédés de leur pouvoir démocratique en matière de choix quant aux modes de production et de consommation alimentaires.

La crise écologique majeure que nous vivons changera fortement les conditions de production de notre alimentation : construire une agriculture résiliente et adaptée à ces nouvelles conditions, notamment climatiques, est essentiel.

Cela se prépare dès maintenant : une révolution du système agricole et alimentaire, bifurcation nette et franche, au service de l’intérêt général des générations actuelles et à venir, s’impose. Elle suppose une rupture avec les politiques libérales au service du capital financier mises en œuvre au cours des trente dernières années.

« nous nous engageons pour contribuer à la formulation de propositions politiques concrètes »

Partout, des milliers d’initiatives locales alternatives sont enclenchées pour rompre avec la domination de ce système : agriculture biologique et écologique, circuits courts et de proximité, démarches de commerce équitable, économie sociale et solidaire.

Souvent appuyées par les collectivités locales, elles montrent que d’autres logiques sont possibles, à la fois du point de vue technique, économique, social et culturel.

Elles tracent la voie pour un changement généralisé et rapide de paradigme et de système agricole et alimentaire. Cette nécessaire bifurcation à très court terme ne pourra toutefois voir le jour sans une évolution drastique des politiques au niveau national.

Militant.e.s et citoyen.ne.s, concerné.e.s et impliqué.e.s d’une façon ou d’une autre par les questions agricoles et alimentaires (responsables et militants syndicalistes, associatifs et politiques ; paysans ; salariés ; enseignants-chercheurs ; techniciens et ingénieurs ; etc.), nous constituons le Laboratoire d’Idées Urgence Transformation Agricole et Alimentaire, groupe de réflexion et de propositions au service de la transformation écologique de l’agriculture et de l’alimentation.

Nous nous engageons pour contribuer à la formulation de propositions politiques concrètes, que ce soit au niveau national, local, européen ou international, en faveur d’une bifurcation généralisée et rapide du système agricole et alimentaire au service de l’intérêt général, aujourd’hui et demain.

Nombre d’organisations et de coalitions dont nous sommes proches réfléchissent également à ces questions. Nous souhaitons aussi contribuer à ce que leurs préoccupations et propositions débouchent sur des politiques portées par l’option pour l’intérêt général que nous appelons vivement de nos vœux.

« nous nous mettons au service d’une agriculture paysanne et écologique, relocalisée, émancipée des produits de synthèse, visant la neutralité climatique et mise en œuvre par les paysans bénéficiant d’une juste rémunération du travail »

Le projet au service duquel nous nous mettons au travail est celui :

  • d’une agriculture écologique et paysanne, rompant avec la logique d’une agriculture minière, réintégrant productions fourragères, végétales et animales dans chaque territoire, relocalisée au plus près des lieux de consommation, émancipée des produits de synthèse, visant la neutralité climatique en rebouclant les cycles du carbone et de l’azote, mise en œuvre sur des fermes à taille humaine par des paysans s’étant réappropriés leur métier et bénéficiant avec leurs salariés d’une juste rémunération du travail et de conditions de travail et de vie dignes ;
  • d’un système alimentaire écologiquement soutenable et contribuant à la réduction des inégalités sociales et territoriales en garantissant le droit de toutes et de tous à une alimentation de qualité.

Au-delà de l’enjeu de production alimentaire, l’agriculture peut aussi fournir des sources d’énergie renouvelables et de biomatériaux, contribuer à atténuer le changement climatique tout en étant capable de s’y adapter, et retrouver tout son rôle dans la gestion des paysages, de l’espace rural et du territoire, revendiquant ainsi une multifonctionnalité si souvent rejetée. Des systèmes d’agriculture écologique et relocalisée constituent également une importante source d’emplois.

Une telle transformation constitue également un impératif démocratique face au pouvoir grandissant des lobbies, de la finance et de la mainmise de la sphère capitaliste non plus seulement sur la transformation, la distribution et les modes de consommation de produits agricoles et alimentaires, mais également sur la production agricole elle-même et sur l’espace rural, par une prise de contrôle du foncier agricole ou du capital de sociétés d’exploitation.

« quel que soit le cas de figure, nous nous engageons au service de cette option pour l’intérêt général à construire et du/de la candidat.e qui l’incarnera »

Nous souhaitons en finir avec le régime de monarchie présidentielle qu’est devenue la Vème République. Mais, dans l’immédiat, force est de constater que l’élection présidentielle constitue le pivot de la vie politique nationale.

Échapper au scénario mortifère voulu à l’avance par Emmanuel Macron d’un deuxième tour entre lui-même et l’extrême droite, permettre à une option majoritaire porteuse de l’intérêt général de s’imposer pour le deuxième tour de l’élection présidentielle puis de la remporter, est l’enjeu central pour les deux ans et demi à venir.

Nous n’avons pas à ce stade la certitude qu’une option pour l’intérêt général réussira à émerger, à s’imposer et à devenir majoritaire. Nous ne savons pas si cette rupture prendra la forme d’une « fédération populaire », d’un « front populaire et écologique », d’un « big bang de la gauche », ou d’une autre configuration. Nous ne savons pas non plus le.la candidat.e qui l’incarnera. Mais, nous ne nous résignons pas au scénario catastrophe de l’affrontement entre d’une part l’incarnation de la finance, du chacun pour soi, de l’irresponsabilité écologique et de la dérive autoritaire et de l’autre le fascisme et la xénophobie.

Quel que soit le cas de figure, nous nous engageons au service de cette option pour l’intérêt général à construire et du / de la candidat.e qui l’incarnera.

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