Repolitiser l’alimentation pour actionner la transformation écologique

Juillet 2021

Coordination : Dominique Paturel

Le parlement européen vient de discuter de la prochaine politique agricole commune (PAC). Les débats ont été houleux tellement l’enchevêtrement des décisions sur le(s) modèle(s) agricole(s) impacte l’avenir du point de vue de la transformation écologique et sociale. Cependant, nous faisons l’amer constat de l’absence d’un débat posant la question de l’alimentation : celle-ci reste considérée comme denrée, au bout d’une chaîne dont le maillon agricole est central. Encore une fois, l’approche systémique fait défaut et le débat continue à se poser dans les cadres de pensée post-trente glorieuses, sans compréhension de la demande sociale. La sécurité alimentaire appuyée sur une vision quantitative demeure la référence même si une sémantique sur la qualité apparaît, mais sans changement concret sur le système agricole, industriel et logistique. On aurait pu penser que la récente crise d’approvisionnement liée au confinement dans l’ensemble des pays européens, ferait bouger les lignes des rapports de force dans la prise de conscience d’un modèle agricole productiviste à bout de souffle quant aux conséquences économiques, sociales et environnementales et incapable de prendre en charge la question alimentaire.


Pourtant, un mouvement citoyen associé à des experts et des chercheurs a déployé ces dernières années, une réflexion majeure sur la nécessité d’une politique alimentaire européenne en regard de la montée en puissance des problèmes de santé en lien avec l’alimentation et l’augmentation de la précarité économique. Un rapport publié en octobre 2020 met en avant les recommandations suivantes : «S’appuyant sur les leçons tirées des initiatives existantes, l’UE devrait adopter des réglementations sectorielles et des normes de durabilité pour promouvoir les importations d’aliments durables et restreindre l’importation de produits fabriqués illégalement ou de manière non durable. De plus, un réel changement ne peut être réalisé que si l’UE fait des systèmes alimentaires durables un objectif explicite de ses accords de libre-échange, négocie les dispositions pertinentes en matière de durabilité dans ces accords et surveille efficacement l’impact de ces dispositions sur les systèmes alimentaires. Au niveau multilatéral, l’Organisation mondiale du commerce et le prochain sommet sur les systèmes alimentaires de 2021 peuvent être de bonnes plates-formes pour que l’UE construise des alliances avec des pays partageant les mêmes idées pour faire pression pour des règles commerciales mondiales qui favorisent des systèmes alimentaires durables.» 


En France, la rupture fondamentale de l’égalité pour une grande partie des habitants (entre 8 à 10%), pour accéder à l’alimentation nécessite une prise de conscience politique. Pour l’instant, la seule et unique réponse est celle de l’aide alimentaire, posée comme une évidence et sans remettre en question d’une part les conditions qui ont conduit à l’assignation d’une partie des habitants à accéder à l’alimentation via l’assistance et d’autre part les conséquences démocratiques, notamment la non-effectivité du droit à l’alimentation.


Ces constats nous ont amené à penser une proposition basée sur le modèle de la sécurité sociale, la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA).
Mais pour cela, il nous faut nous adosser à un concept plus générique pour poursuivre. Tim Lang, professeur de politique santé nutrition au Centre for Food Policy de la City University London, dans ces premiers travaux, élabore le concept de « food democracy » : c’est notre point de départ.


Dans un premier point, nous allons clarifier ce qu’il en est au milieu d’une profusion de notions. Dans un deuxième point, nous ferons le point sur la législation pour comprendre le mouvement de dépolitisation et de repolitisation de l’alimentation. Enfin nous terminerons sur la proposition d’une Sécurité Sociale de l’Alimentation.

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